Perpignan Ensemble avec Louis Aliot !

A Perpignan, le FN espère débloquer une société figée

Perpignan: le FN contre une société bloquée ?

Le Front National a placé en Perpignan ses espoirs de conquérir une ville de plus de cent mille habitants (118 238 habitants en 2011). Un sondage paru la semaine dernière a toutefois montré la difficulté de la tâche. La liste conduite par Louis Aliot, vice-président du FN et compagnon de Marine le Pen, y est donnée perdante, avec 28% au premier tour et 25% au second. Ce samedi, Louis Aliot et Marine Le Pen ont tenu meeting à Perpignan, en espérant provoquer une remontée. Il est vrai que la ville a structurellement tout pour offrir un bastion au FN. La progression du parti, comme les résistances qui lui sont faites, en font un véritable laboratoire social.

Une ville qui tombe ?

Tout au long de la campagne pour les municipales, la Fondation Jean-Jaurès décrypte les enjeux dans sept villes-clés, avec l’étude du FN comme fil rouge. Ici, Nicolas Lebourg s’intéresse à Perpignan, avec la candidature de Louis Aliot pour représenter le parti de Marine Le Pen

Louis Aliot a été l’une des chevilles ouvrières de la stratégie de dédiabolisation du parti. Sa campagne locale se veut celle d’un notable modéré et responsable. Bon nombre des colistiers affirment s’être engagés « par amitié pour Louis », et non par engagement partisan initial. Le visuel de campagne de la liste « Perpignan ensemble » est calqué sur la fameuse affiche mitterrandiste de « La force tranquille », et sa profession d’avocat y est signifiée en tête – dans cette ville désindustrialisée de longue date, l’essentiel des compétiteurs politiques sont des avocats. Que ce soit dans une réunion de quartier ou face aux étudiants de l’Université, Louis Aliot répond aux questions et projets soulevés qu’il se refuse à faire des promesses ayant un coût trop élevé pour une ville surendettée – selon une enquête du Figaro la ville est première de France pour la dette par habitant (3938 euros, en hausse de 7% en quatre ans), tandis que selon le classement du Point il s’agit de la ville la plus mal gérée, ex-æquo avec Montreuil (gérée quant à elle par une maire EELV). Avec 32% des habitants sous le seuil de pauvreté, Perpignan est la cinquième grande ville la plus pauvre de France, juste après Béziers. Relativement à l’inégalité de la répartition des richesses, Perpignan est la quatrième ville, cette fois juste avant Béziers (voir ici pour notre article sur la campagne FN à Béziers). La Catalogne espagnole distante de quelques kilomètres n’est plus cet Eldorado rêvé qui, un jour, viendrait sauver le territoire : depuis que l’Espagne toute entière est frappée par la crise, de l’autre côté de la frontière les commerces qui s’ouvrent sont des supermarchés de la prostitution.

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Si Louis Aliot met en avant la pauvreté de la ville, il demande à la salle également « connaissez-vous d’autres villes en France que Perpignan où les immeubles s’écroulent ? ». C’est là un problème devenu structurel, malgré les plus de 300 millions d’euros qui ont été alloués par l’Etat pour la rénovation urbaine. Des immeubles insalubres du centre-ville continuent de s’effondrer – les deux derniers se sont écroulés en janvier 2014 et octobre 2013. Ce problème est surtout présent dans le quartier Saint-Jacques. Situé en cœur de ville, Saint-Jacques a vu affluer la population gitane après qu’en 1940 la IIIe République a pris un décret anti-nomades. Les Gitans présents le long de la rivière à l’entrée de la ville sont allés occuper une ancienne caserne désaffectée de la place du Puig pour montrer qu’ils étaient sédentaires. Aujourd’hui, Perpignan a la plus importante communauté gitane d’Europe occidentale (10% de sa population). Non sans difficultés : la communauté n’est nullement intégrée et est ravagée par les problèmes sanitaires.

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